16 mai 2021
16 mai 2021

Les Dehoniens de l’Italie du Nord vers le XIIIe Chapitre

Les différentes phases par lesquelles la préparation s'est déroulée. Les domaines explorés dans la situation actuelle et les perspectives d'avenir. La participation élargie, les difficultés rencontrées, les questions qui ont émergé, les propositions et les freins de la pandémie. Tout cela s'est reflété dans l'Instrumentum laboris.

par  Marco Mazzotti e Antonio Viola
Settimananews

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Du 13 au 23 juin 2021, la Province dehonienne d’Italie du Nord célébrera son treizième Chapitre : un moment fondamental dans la vie d’une province religieuse, souvent accompagné de grandes attentes, mais souvent aussi célébré avec une certaine désillusion et résignation. Nous sommes tous conscients des difficultés croissantes que la vie consacrée connaît au quotidien : vieillissement constant, problèmes de gestion des structures et des activités, difficulté à maintenir des postes importants dans le domaine pastoral… Comment éviter de vivre ce moment en se laissant emporter par ces deux puissantes oscillations ? Existe-t-il un moyen d’éviter de monter à l’arrêt de l’illusion pour devoir descendre à l’arrêt de la déception après quelques jours ?

Une commission sui generis

Nous avons commencé à nous poser ces questions il y a environ deux ans, lors de la première réunion de la commission préparatoire, chargée d’établir la procédure de mise en œuvre du Chapitre. La conscience que l’histoire a son propre poids, tout comme les relations qui s’affaiblissent avec le temps et souvent par des parcours de vie compliqués, nous a amenés à envisager la possibilité de nous faire aider par des consultants externes capables d’offrir un regard désenchanté sur notre réalité. Il nous a semblé essentiel que d’autres nous aident à lire notre expérience, en nous poussant à nous débarrasser de toute idée préconçue ou évaluation excessivement conditionnée par des lectures univoques de la réalité. Pour avoir identifié un couple de mariés, qui avait déjà eu l’occasion d’accompagner la préparation des assemblées d’autres congrégations, notre point de référence, semblait dès le départ une idée stimulante. De cinq membres, notre groupe est passé à sept : le Père Provincial, un ancien Père Provincial, deux des plus jeunes, un frère avec une longue expérience et un couple de mariés, Alberto et Eva, riches de leur propre expérience de couple ainsi que de leurs compétences spécifiques en matière de ressources humaines et de gestion de groupe.

Les premières étapes

Dès les premières réunions, il nous a semblé évident qu’il fallait partir de la réalité humaine de notre Province, du capital réel dont nous disposons. Ne pouvant pas prévoir, pour des raisons canoniques, un Chapitre élargi à la participation de toutes les composantes de la Province, nous avons cependant estimé qu’une des questions fondamentales devait être celle de la participation et de l’implication de tous, pour essayer de réduire au minimum les couches d’indifférence et d’auto-exclusion des processus de planification et de décision. Si donc il était impossible de convoquer une réunion plénière, rien ne nous empêchait d’aller à la rencontre de toutes nos communautés, avec l’idée d’écouter chaque frère. D’où l’intuition qui a sous-tendu notre démarche : le Chapitre devait commencer par cette opération d’écoute. Avec le slogan “le Chapitre a déjà commencé”, nous voulons considérer la célébration de juin comme son moment de conclusion.

En excluant les figures liées au service du gouvernement provincial, présent et passé, nous avons pensé identifier, dans les trois membres de la commission sans tâches spécifiques, les profils les plus appropriés pour l’opération d’écoute. Puisqu’il s’agissait de collecter du matériel destiné à être réélaboré ultérieurement, il était nécessaire de construire un schéma homogène de collecte d’informations qui permette à tous les confrères de s’exprimer librement sur d’autres questions également. Mais en même temps, la rencontre avec les communautés devait garantir que chacun se sente à l’aise, dans une atmosphère informelle, faite aussi de moments fraternels partagés. Grâce à un choix judicieux et heureux du moment, en l’espace de cinq mois et avant l’arrivée de la tempête de la Covid, il a été possible de mener à bien une série de réunions fatigantes mais productives.

La première grande surprise des trois visiteurs, promptement rebaptisés les “Rois Mages”, a été de constater le bon accueil de tous et de voir comment presque tous les frères ont profité de l’occasion pour discuter. Une méthode simple et guidée, basée sur trois étapes – analyse de la réalité actuelle, projection dans le futur de la concrétisation du Chapitre après six ans de choix, les dangers à éviter pendant la célébration du Chapitre lui-même – a donné à chacun l’occasion de s’exprimer sur sa propre expérience émotionnelle, mais aussi sur la réalité concrète de notre Province religieuse.

Beaucoup de données, quelques obstacles, une pandémie

Les nombreuses pages recueillies et enregistrées ont été revues par les trois auteurs ensemble et ont constitué la base d’un travail de restitution, accompagné également de graphiques et de résumés, capables de mettre les données entre les mains de tous, afin de favoriser la perception réelle de l’écoute effectuée. Ce matériel aurait dû constituer la base sur laquelle élaborer d’éventuelles tables de travail à discuter pendant deux assemblées, identiques dans leur formulation, qui se seraient succédées à une distance de quelques semaines, afin de permettre à tous de participer sans vider nos communautés. Cependant, nous avons tous appris à nos dépens que les choses ne se passent pas toujours comme prévu : même notre comité n’avait pas envisagé la possibilité d’une pandémie virale.

Les assemblées prévues pour le mois de mai ont dû être reportées au mois de septembre, mais à ce moment-là, la question s’est posée de savoir comment continuer à maintenir la tension par rapport aux attentes suscitées par ce qui avait été fait précédemment : la voie la plus logique à suivre semblait être celle de solliciter la réflexion de nos communautés, à travers la proposition d’une grille de questions basée sur quatre domaines : structure du gouvernement et gouvernance, éléments pour un projet provincial, rôle de l’économie, héritage et formation spirituelle. Chacun de ces quatre domaines a été introduit par une brève liste de documents de référence susceptibles de clarifier les démarches entreprises sur le sujet dans la vie de notre Province. Les questions proposées n’avaient pas pour but de revenir sur des sujets déjà traités par les individus, mais cherchaient à développer ces sujets en vue d’une discussion au sein de la communauté, afin de produire un nouveau matériel à retravailler en vue des assemblées d’automne.

La réponse donnée par les communautés nous a fait comprendre le bien-fondé de la voie empruntée et a mis en évidence un bon niveau d’implication, non pas tant au niveau de la qualité des réponses, mais sur le fait que toutes les communautés se sont senties impliquées par nos demandes. Le désir initial d’arriver à la phase finale du Chapitre en réduisant le nombre de membres mécontents et marginalisés semble avoir trouvé sa première expression concrète.

Assemblées pré-capitulaires

Au niveau de la commission s’ouvre alors une troisième phase, assez compliquée mais décisive : il s’agit de réélaborer tout le matériel recueilli de manière à pouvoir le restituer sous forme de thèmes circonscrits et clairement définis, utiles pour établir la plate-forme de travail des assemblées.

Bien sûr, comme le suggèrent également certains travaux de restitution des communautés, il n’aurait pas été possible d’éviter de tout relire à la lumière de l’expérience dramatique de la pandémie.

Avec l’arrivée du mois de septembre, les conditions sanitaires ont permis la tenue des deux assemblées prévues : célébrées sur deux jours et calquées sur un horaire identique, elles ont vu la participation d’un nombre vraiment élevé de confrères, compte tenu des absences justifiées des malades et des infirmes. Même les personnes âgées se sont laissées impliquer et déranger.

Les assemblées ont été construites sur la base d’un accord initial qui a permis une compréhension de base des attentes et des règles d’engagement, mais n’ont pas négligé l’aspect spirituel, le considérant comme une partie fondamentale de l’expérience : la lectio sur l’Évangile du jour et la célébration de l’Eucharistie, avec l’ajout de quelques vignettes sur le thème de la communauté, considérée comme le fil rouge de toutes nos réflexions, ont donné une idée du contexte dans lequel un Chapitre doit prendre forme.

L’idée de base du travail ultérieur a été de reconstituer l’atmosphère d’un carrefour, la place classique d’un village où il est possible de passer d’un bar à un restaurant en discutant librement des sujets proposés, en acceptant la modération d’un médiateur présent à chaque table, mais en disposant au maximum de son propre temps et de sa propre volonté pour n’aborder que les sujets jugés vraiment importants. Chaque table du carrefour, à partir de laquelle il était possible de se déplacer après avoir épuisé ses propres sujets, offrait un lieu de discussion sur un thème introduit par un bref résumé qui avait été préalablement fourni à tous les participants. Les sept thèmes proposés représentaient le condensé que la commission avait pu extraire de tout le matériel produit au cours des mois d’écoute précédents et ont été proposés, même en sachant que, probablement, certaines questions reviendraient sans cesse sur différents fronts.

La réalité du troisième et quatrième âge, le thème de la gestion économique, le rapport avec le reste de la congrégation, la question des structures de gouvernance, la formation continue, l’aspect de la solidarité, le thème de la pastorale intégrée avec les laïcs et les autres réalités ecclésiales : tels ont été les points de rencontre animés dans notre carrefour qui a joui, le temps d’un après-midi, de la franchise de se dire les choses importantes d’une manière différente. En fait, d’un embarras initial évident, nous avons vu naître un certain intérêt et une ouverture inattendue à cette nouvelle méthode. A la fin de l’activité, un petit comité éditorial pour chaque table a dressé un recueil organique de toutes les interventions, sous forme de post-it, laissées par les participants.

Les sept synthèses ont été retravaillées, dans une deuxième phase, en sept nouvelles “tables de confiance”, d’où ont élaboré ensemble un document synthétique mais unanimement partagé, à soumettre aux dernières interventions de l’assemblée plénière. Cette dernière phase a également pris en compte une méthode qui garantirait trois interventions (d’une minute maximum) par personne : l’objectif était d’éviter de laisser trop de place à certains, en essayant de favoriser des interventions ciblées et ponctuelles.

Les conclusions finales, avant de se quitter, ont dans l’ensemble justifié la méthode choisie : des expressions telles que l’expérience de la fraternité, les attentes comblées, la possibilité de raisonner ensemble, ont été le corollaire des salutations.

A l’heure actuelle

Face à la conclusion positive des deux assemblées, la Commission capitulaire s’est trouvée devant un corpus de quatorze fiches (sept pour chaque assemblée) à réélaborer et à interpréter en vue de la production de l’Instrumentum Laboris.

Avec une ponctualité systématique, l’arrivée de l’automne a ramené des temps de rigueur et de restrictions liés à la recrudescence de la pandémie : un temps encore suspendu, utile en quelque sorte à notre réflexion, mais un temps aussi de nouveaux et difficiles défis, un temps à prendre en compte dans l’élaboration de notre parcours. Nous nous sommes demandés, en fait, comment nous aurions dû prendre en compte tout le matériel élaboré à la lumière de ce qui se passait autour de nous et dans nos propres communautés.

Commençait alors la phase qui nous conduirait à la dernière étape, celle qui nous demandait de devenir non seulement des auditeurs capables d’enregistrer fidèlement les demandes des confrères, mais aussi les rédacteurs d’un document final qui apporterait les acquisitions que nous avions personnellement mûries au cours de ce long voyage. Nous avons pensé à un document court, d’une quinzaine de pages, avec une introduction capable de rendre compte du chemin parcouru et des provocations qui nous viennent de ces temps difficiles. Chaque section a été structurée de manière à mettre en évidence le thème, les orientations et une liste de propositions concrètes possibles pour la discussion.

Un des objectifs de l’Instrumentum Laboris est qu’il puisse également servir de stimulus pour une étude communautaire plus approfondie, entre les mains des délégués élus pour la phase finale du Chapitre. Nous avons inventé une sorte d'”Instrumentum Laboris augmenté” : il se veut un outil de travail et d’effort (en fait) que nous confions désormais à une Province qui, bien qu’alourdie par les années et la situation, a été reconnue comme toujours désireuse de se dépenser au service du Royaume.

Un pari : écouter pour générer

L’ensemble du processus décrit mérite une dernière considération : l’écoute est toujours le meilleur moyen de remettre en circulation le désir d’appartenance et le sens de la fraternité, mais aussi de réduire au minimum le contingent de méfiance résignée qui aigrit une partie de la vie consacrée aujourd’hui : une écoute vraie et sincère peut dépouiller même la peur de la mort. Pour le moment, nous avons essayé de nous écouter davantage, en attendant de voir si nous aurons été capables d’une écoute véritable, celle capable de générer des décisions bonnes et productives pour l’avenir.

Pour être dignement célébré, un Chapitre a besoin d’écouter la Parole et les paroles des frères : dans ce climat, il sera possible de redécouvrir qu’un charisme peut encore être le signe distinctif de l’appartenance au Christ, Seigneur de la vie

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