09 mars 2022
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Les nouvelles Constitutions : la perspective néerlandaise

La province néerlandaise s’était retrouvée dans une période tourmentée. Les années 1960 étaient caractérisées par l'émergence de nouvelles idées et de nouvelles demandes sociales. La vie religieuse a également été marquée par ce changement.

par  Paul de Vries, scj

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Le décret Perfectae Caritatis du 28 octobre 1965 reflétait ce qui avait été établi au Concile Vatican II concernant la vie religieuse. Adaptation et renouvellement de ce qui était considéré comme le noyau de la vie religieuse : l’amour chrétien. Le message était que ce renouvellement était désormais prescrit et non plus seulement recommandé. Les congrégations devaient veiller à ce que leurs membres fussent informés de la vie sociale moderne et des besoins de l’Église. Ce qui se passait dans le monde devait pouvoir être jugé à la lumière de la foi. Les « ajouts », c’est-à-dire les dévotions particulières et les coutumes religieuses détaillées qui avaient toutes été ajoutées depuis la fondation, devaient disparaître. Le cœur du renouveau devait être l’imitation du Christ et subséquemment, les congrégations devaient accorder une place centrale au charisme de leur fondateur. Le renouveau devait s’enraciner en premier lieu dans l’Évangile et en second lieu, les congrégations étaient invitées à donner une place centrale aux charismes de leur fondateur. Cependant, dans les Congrégations, un poids plus important avait accordé au charisme de leur propre fondateur, en partie pour mettre l’accent sur leur propre identité. Il était également stipulé que les gouvernements devaient consulter leurs membres lorsqu’il s’agissait de changements dans le mode de vie.  Ceci a été expliqué plus tard dans le motu proprio Ecclesiae Sanctae.

La province néerlandaise s’était retrouvée dans une période tourmentée

En 1966 et 1967, des membres de toutes les entités s’étaient réunis à Rome pour un Chapitre Général de renouvellement avec comme représentation des Pays-Bas les Pères Gasseling, Rohof, Bakker et Dijkman. Il y avait aussi (probablement) d’autres délégués néerlandais venant : de l’Angleterre, de la Finlande, du Canada, du Brésil, du Chili, du Congo, du Cameroun et de l’Indonésie.

La province néerlandaise s’était retrouvée dans une période tourmentée après 1960. En 1970, toutes les maisons de formation des prêtres et frères avaient été fermées. Les centres sociaux communautaires dans de nombreuses villes (Charité Saint François) dont beaucoup de prêtres étaient directeurs avaient changé de propriétaire. De nombreux confrères avaient ainsi perdu leur emploi. D’autres revenaient des territoires de mission (entre autres du Congo où 28 confrères avaient été tués en 1964). Ils commencèrent à chercher un nouveau travail pastoral. Beaucoup d’entre eux se retrouvèrent dans divers endroits dans le ministère paroissial. Parmi eux, il faut noter un groupe de près de 50 prêtres qui devinrent curés de paroisse en Allemagne, principalement dans des villages – non pas en tant que membres de la province allemande, mais « à distance » de la province néerlandaise.

Le plus inquiétant était le grand nombre de confrères qui avaient quitté la congrégation, surtout les plus jeunes. De même, pratiquement aucun nouveau membre n’avait rejoint la congrégation. Et tout cela s’était produit dans l’une des plus grandes congrégations des Pays-Bas.

En outre, le Concile Vatican II (1962-1965) venait de s’achever et, aux Pays-Bas, il y eut également un concile de la Province ecclésiastique néerlandaise. Tous deux avaient suscité beaucoup d’émotions, surtout chez les religieux, affectant leur propre vie de foi et leur vie commune avec leurs confrères et d’autres croyants. Pour beaucoup, les nouveaux développements avaient été vécus comme une libération, mais pour d’autres comme une menace contre ce qu’ils avaient de plus cher.

Ces remarques, dans toute leur brièveté, s’appliquaient à toutes les congrégations de notre pays. Mais pour les Prêtres du Sacré-Cœur, il faut ajouter que la dévotion au Sacré-Cœur, qui était depuis des décennies très répandue aux Pays-Bas, avait connu dans les années 50 une période de déclin et de critique.

L’émergence de nouvelles idées et de nouvelles revendications sociales

En outre, pour de nombreux pays, notamment en Occident, les années 1960 se caractérisèrent par l’émergence de nouvelles idées et de nouvelles revendications sociales dans la société concernant la démocratisation dans les différents domaines de la vie, la responsabilité personnelle et la liberté. Ces revendications s’étaient souvent traduites par des émeutes, voire des révoltes. Les célèbres « années turbulentes » des années 60 avaient également touché les Pays-Bas, dans toutes sortes de domaines – bien que ces années fussent moins violentes aux Pays-Bas qu’en France, en Allemagne de l’Ouest et ailleurs.

Tout cela avait souvent conduit à de profonds antagonismes entre nos confrères, à des divergences d’opinion entre eux, dans les communautés et dans la province. Et à cause de cela, il y avait de l’incertitude, de l’inquiétude et de la déception.

C’était l’arrière-plan des problèmes que nos capitulants néerlandais avaient porté à Rome. Et à Rome, on ne comprenait toujours pas leurs préoccupations et leurs questions. Les confrères d’autres parties du monde avaient souligné les problèmes religieux de notre pays et le manque de foi ou d’engagement. Apparemment, ces membres n’avaient pas assez entendu parler de la sécularisation dans notre pays et ailleurs. Lorsque, plus tard, cette sécularisation frappa aussi dans d’autres régions, l’on comprit mieux ce que nous avions vécu.

La critique de la dévotion au Sacré-Cœur

La critique susmentionnée de la dévotion au Sacré-Cœur était, bien sûr, un sujet très important pour le Chapitre. Cette critique étaient apparue dans l’Église elle-même après la seconde guerre mondiale, provenant des penseurs de la Nouvelle Théologie. Le Père Tessarolo SCJ fournit une introduction sur le sujet au début du Chapitre en 1966. Il déclara que la dévotion au Sacré-Cœur telle que transmise par le P. Dehon « avait tous les mérites mais aussi toutes les imperfections de l’époque dans laquelle il vivait ». Il mentionna en particulier l’attention excessive portée au cœur charnel ; la grande insistance sur la souffrance et la douleur du Christ qui laissait presque totalement de côté l’événement pascal ; une piété faite de consolations et de sentiments ; une réparation réduite à la réparation des péchés et non à la reconstruction de l’œuvre de Dieu. Cela donna le ton, mais toutes les provinces de l’époque ne s’y sont pas reconnues.

Lorsqu’en 1972, le premier projet de nouvelles constitutions fut publié, les réactions aux Pays-Bas furent fortement divisées. On estimait que la proposition de faire de la « justice dans le monde » le thème central de la mission de la congrégation n’était pas suffisamment reconnue dans le texte. D’autres se demandaient même pourquoi il fallait des Constitutions générales. Ne limitaient-elles pas trop la liberté ? En fait, il s’est avéré qu’il y avait de grandes divisions au sein de toute la Congrégation.

En raison des récents développements dans la société et dans l’église néerlandaises, la grande province néerlandaise prit sa propre position. Les membres ressentirent le besoin d’arriver à des arrangements et des initiatives concrètes, tout d’abord chez eux. En réalité, la province néerlandaise décida de suivre sa propre voie, en ayant également le regard porté sur les autres communautés religieuses de notre pays qui se trouvaient dans la même situation. Lorsque finalement, en 1983, les constitutions définitives furent publiées, le gouvernement provincial émit une déclaration d’assentiment. La réaction des autres membres était quelque peu distante.

Les réflexions et les actions aux Pays-Bas

Entre-temps, quelles furent les réflexions et les actions aux Pays-Bas ?

A partir de 1970, la province s’était engagée dans une réflexion sur de nouvelles initiatives pour l’avenir avec toutes ses incertitudes.

Deux nouveaux éléments avaient été introduits dans la structure de la province. Il y avait une menace de fragmentation de la province car beaucoup trouvaient un travail pastoral dans les paroisses. Il n’y existait plus que deux grandes communautés à Asten, Nijmegen et Heer et quelques unes plus petites dans d’autres endroits, par exemple dans les trois écoles. Par exemple, ceux qui vivaient dans un presbytère ne se sentaient pas aussi facilement chez eux dans les monastères « traditionnels ». On retrouvait de nouvelles formes appréciables de vie commune dans la communauté régionale. Les membres ne vivaient pas sous un même toit, mais se réunissaient régulièrement et formaient ainsi une communauté, également sur le plan existentiel, avec une attention mutuelle les uns pour les autres. Ces communautés avaient leur propre supérieur et économe.

Deux éléments nouveaux dans la province était un nouvel organisme du Conseil provincial qui fonctionnait comme un conseil consultatif pour le gouvernement provincial. Les membres étaient élus et se réunissaient généralement deux fois par an. Les problèmes, les plans et les intentions émanant du gouvernement provincial et des membres étaient. De cette façon, l’implication et la contribution des confrères pouvaient donner forme à la politique provinciale.

La Province néerlandaise avait toujours eu beaucoup de frères comme membres (plus de 15%). Après 1970, plusieurs d’entre eux ont commencé à participer au travail pastoral. La distinction entre pères et frères devenait de moins en moins perceptible dans nos communautés. Il était plus difficile de nommer un frère à un poste de supérieur ou de conseiller provincial. Les lois de l’Église ont dû être contournées à cet effet. Mais finalement, cela fonctionna.

Les nombreuses tentatives de recrutement de nouveaux membres s’avérèrent infructueuses. Beaucoup d’énergie y avait été consacrée ; mais le dernier frère qui se joignit en 1971 et le dernier frater en 1991 (après 20 ans).

De plus en plus de l’attention était accordée à nos confrères plus âgés. Immédiatement après la fermeture du noviciat à Asten et du grand séminaire à Nijmegen (1968), ces maisons furent destinées aux membres plus âgés de notre pays et des missions. Des réfections et le recrutement d’un staff professionnel ont fait de ces maisons un endroit où il faisait bon vivre pour de nombreux confrères.

Au cours de ces années, deux tentatives avaient été faites pour lancer une nouvelle œuvre sociale : des centres d’accueil pour les personnes en crise et pour les sans-abri. L’un d’entre eux se trouvait à Nijmegen et le suivant à Delft. Ces maisons avaient bien fonctionné pendant quelques années, mais à la fin, on dut les céder à d’autres. Ce fut aussi le cas plus tard avec le foyer pour des jeunes de Heer, où nos frères avaient travaillé pendant presque cent ans.

La dévotion au Sacré-Cœur a toujours été honorée dans nos maisons mais elle avait été adaptée aux temps modernes et n’était plus aussi prédominante. Elle s’appuie davantage sur des fondements bibliques, avec des arrière-plans plus modernes (comme un engagement social plutôt qu’une piété personnelle). Dans ce contexte, il faut également mentionner que l’attention portée au Père Dehon et à ses idéaux s’est également développée. Il est désormais davantage considéré comme un exemple de préoccupation sociale que comme un dévot du Sacré-Cœur à l’instar des visionnaires féminines historiques.

La vie religieuse individuelle était généralement plus nourrie par la Bible et la liturgie. Les penseurs, écrivains et artistes néerlandais de talent étaient plus inspirants (en partie à cause de leur pensée et de leur langage contemporains). Les écrits spirituels et les prières traditionnels, y compris ceux de la congrégation, n’étaient presque plus utilisés.

Il est frappant de constater que, spontanément, plusieurs groupes de discussion de confrères se sont formés aux Pays-Bas avec des amis, des personnes de leur âge, ou simplement avec toute personne vivant dans le voisinage. Il ne s’agissait pas seulement de liens mutuels, mais aussi d’un approfondissement et d’un soutien mutuel.

Le gouvernement provincial avait également accordé beaucoup d’attention à la formation et à la réflexion. Dans des réunions, des journaux, des journées d’étude. Au début c’était seulement pour les confrères, puis de plus en plus pour les collaborateurs et les personnes intéressées. Ce furent aussi des occasions de rencontres.

En outre, le gouvernement provincial prenait grand soin des confrères individuels avec tous leurs soucis et leurs joies. Il en était de même pour les ” nominations “. Dans les années précédentes, les relations étaient beaucoup plus distantes et parfois même impersonnelles, plus commerciales : on ne se sentait pas confrères les uns des autres.

La Province néerlandaise a connu ces développements – brièvement décrits ici – dans la période parallèle à la réalisation des Constitutions de 1982. Je pense que c’était en accord avec les intentions de ces nouvelles Constitutions. Mais d’une manière ou d’une autre, ces développements ont été plus concrètement adaptés à la situation locale en cette période indéniablement difficile.

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