23 mars 2026
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Equateur : Mission pour le Règne du Sacré-Cœur – Première période (1887 – 1889)

En 1888 la première mission dehonienne en dehors de l’Europe est inaugurée avec les père Gabriel-Marie Grison et Irénée Blanc. Au lendemain de la seconde phase du jubilé dehonien en Equateur, le Centre d’Etudes dehoniennes (CSD) nous propose un regard sur cette mission à partir des correspondances entre le Père Dehon et les missionnaires impliquées.

par  Jakub Bieszczad, SCJ

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Inaugurée en novembre 1888 par les pères Gabriel-Marie Grison et Irénée Blanc, la mission de la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur en Équateur fut une aventure brève, mais d’une intensité incroyable. Nous proposons un regard sur cette mission à partir de la correspondance entre le Père Dehon et les figures impliquées dans une telle entreprise. À travers l’échange de lettres, se dessine le portrait d’une mission tiraillée entre l’idéal missionnaire pour le Règne du Cœur du Christ et la réalité d’un territoire marqué par d’innombrables difficultés et par une révolution violente. À travers ces écrits, on découvre non seulement une aventure missionnaire complexe — traversée par des difficultés matérielles constantes, des tensions politiques croissantes et d’intenses exigences formatives — mais surtout la profonde pensée théologique et pastorale de notre Fondateur et des missionnaires dehonniens. La présentation des lettres sera divisée en deux périodes : la période 1887-1889 et la période 1890-1896.

Première période (1887 – 1889)

Au XIXe siècle, Paray-le-Monial vécut une nouvelle période de prospérité. Le message de la Sainte de Bourgogne était relu au cœur de la révolution sociale dans laquelle la plupart des institutions étaient redimensionnées en vertu de la nouvelle anthropologie qui sépare l’esprit de la réalité mondaine. Pour les catholiques de l’époque, un tel concept social n’était rien d’autre qu’un scandale et, de fait, un élan pour repenser et reproposer la foi chrétienne dans un monde profondément évolué. Évidemment, les modes qui pouvaient sembler à l’avant-garde à l’époque sont aujourd’hui complètement datés, si l’on considère que l’ouverture d’un musée d’art chrétien ne fait plus aucune impression. De plus, pour Dehon, le mouvement qui se structurait autour du sanctuaire des apparitions du Sacré-Cœur représentait une proposition attrayante et, dans le bulletin du mouvement, Le Règne de Jésus-Christ, il trouva des nouvelles sur l’œuvre du chanoine Matovelle, fondateur de la Congrégation des Oblats de l’Amour Divin.

La Congrégation des Oblats et, successivement, celle des Prêtres du Sacré-Cœur, naquit sans doute comme congrégation enseignante, mais en même temps sa mission ecclésiale subissait une sorte de réécriture dans laquelle l’œuvre de réparation se transformait en un apostolat plutôt facetté, en ligne avec les exigences les plus urgentes du temps. L’attention de Dehon, qui semblait saisir l’opportunité de la fondation du « Collège Saint-Jean », se tournait vers les diverses œuvres, y compris la formation du clergé au sens large, et les missions ad gentes. En 1882, en réponse à l’encyclique Sancta Dei Civitas sur les missions, il écrivit, au nom de sa société, au Pape pour affirmer sa disponibilité à être bientôt représenté également dans les missions, en particulier dans les pays où la foi a été longtemps obscurcie par le schisme et où la réparation sacerdotale semblait être l’un des premiers moyens de régénération. Le zèle pour le Règne de Dieu trouvait effectivement sa réalisation la plus directe dans la disponibilité à envoyer ses propres confrères là où le Règne n’avait pas encore trouvé de forme concrète. Dans la période suivant le Consummatum est, et en vue de l’émission du bref laudatif, Dehon ressentait aussi le besoin de se présenter avec son nouvel institut comme utile à l’Église. Dans ce contexte, il écrivit au baron Sarachaga, l’un des représentants éminents du mouvement de Paray (voir la lett. 1).

Le Baron mit Dehon en contact avec le père Matovelle susmentionné, avec lequel Dehon entreprit une correspondance intense qui semblait ne devoir cesser même après la rupture de 1889. Nous avons quelques lettres du p. Dehon au p. Matovelle, mais seulement trois réponses de ce dernier, dont la seule remonte à la période d’intérêt et où il est question de la fête du Sacré-Cœur et du désir que les missionnaires y prennent part. Dès le début, Dehon chercha à fournir une présentation plutôt détaillée de la constitution de son propre institut (voir lett. 2) et des sources de sa spiritualité (voir lett. 3). Les deux lettres offrent une vision unique de la spiritualité propre que Dehon entendait transmettre aux Prêtres du Sacré-Cœur à l’époque du Decretum Laudis. Le projet de fusion ne visait pas seulement à partager des droits et une position ecclésiale, mais représentait aussi une première tentative d’insérer les dehonniens dans la tradition ecclésiastique et sociale parallèle, mais certainement différente. L’espace dans lequel se réalisa cette fusion fut le concept du Cœur eucharistique de Jésus, en particulier l’adoration, dont la « petite demi-heure » était un postulat fort du p. Matovelle (qui lit encore aujourd’hui le p. F. Blot ?). La mission en Équateur était particulière car nos confrères n’étaient pas là pour un apostolat conçu de manière vague et indéterminée, mais pour réaliser leur propre finalité (à l’époque, on n’utilisait pas du tout le terme « charisme »). De plus, la mise en œuvre de ce but devait se faire dans un contexte de rencontre et d’union qui brisait le principe de séparation qui enchantait le monde d’alors et le poussait vers l’individualisme et l’égocentrisme. Le Règne du Sacré-Cœur devait apparaître précisément dans cette union des cœurs dévoués au Sacré-Cœur, poussés par le zèle à rejoindre les populations indigènes, selon l’invitation de Léon XIII à aller à la rencontre du peuple. Il suffit de mentionner le concours des dehonniens dans la construction de la basilique nationale votive sur le modèle de celle de Montmartre, dans le style gothique.

Le projet ne parvint pas à son terme. Le 5 août 1889, Dehon écrivit à J. Matovelle, lequel avait prêté l’oreille aux calomnies. Pour comprendre les événements, encore aujourd’hui peu clairs surtout à cause du caractère lacunaire des sources, il est nécessaire de constater que la vision du Règne de Matovelle était fondamentalement politique, plutôt que sociale, au sens où Dehon lui-même la considérait. On ne peut ignorer les dissensions nationalistes et la forte méfiance envers l’Europe (laquelle était en train de se partager l’Afrique suite à la Conférence de Berlin), qui, dans un moment d’émancipation, pouvait représenter pour les Latino-américains une émanation de ce qu’ils voulaient rejeter, osant même parler de romanisation de l’Église. En effet, le télégramme de Dehon lui recommandait de se mettre à la disposition de Monseigneur Schumacher de Porto Viejo. Les premiers missionnaires, les pères Irénée Blanc et Gabriel-Marie Grison, purent ainsi entreprendre l’activité pastorale auprès des pauvres du nouveau diocèse, décrivant leur vie au père Dehon (voir lett. 4). Le p. Sébastien Miquet s’occupait quant à lui de l’école apostolique à Bahía de Caráquez. La sortie du contexte européen a conduit notre jeune communauté à se rendre une fois de plus disponible, reprenant en partie ce même esprit qui ne laissait pas Dehon tranquille quand l’Amour n’était pas encore aimé partout.

 


Lettre 1. Léon Dehon à Alexis de Sarachaga

[Saint-Quentin], 8 juin 1887

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’article de M. Matovelle dans le Bulletin. Je partage les idées de cet homme de Dieu. Notre petite congrégation naissante des prêtres du Sacré-Cœur aimerait à exercer son zèle dans les pays où la foi est en souffrance à cause du clergé. Le dévouement au clergé est notre but. Nous irions volontiers fonder un peu plus tard des écoles cléricales dans l’Amérique du Sud. Nous sommes encore peu nombreux, une soixantaine environ, dont vingt-cinq prêtres. Vous êtes à la source des grâces 2 du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial, priez un peu pour nous. Envoyez-nous à l’occasion quelques vocations. Demandez au Sacré-Cœur pour nous la grâce de pouvoir fonder une école cléricale à Paray et une à Ars. Ce sont là deux sources de grâces sacerdotales. Demandez pour nous les prières de M. Matovelle et de son comité.

Je vous prie d’agréer l’assurance de mon religieux respect,

Dehon

Télécharger ci-dessous les correspondances entre le Père Dehon et les premiers missionnaires en Equateur.

FR-MISSIONE PER IL REGNO DEL SACRO CUORE

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