16 septembre 2020
16 sept. 2020

Covid-19 et la spiritualité dehonienne

Depuis plusieurs mois, le monde connaît une crise des coronavirus. Selon les experts, la pandémie nous accompagnera encore pendant deux ans avant de disparaître. Il existe de nombreuses façons de faire face à cette crise. Nous aussi, en tant que famille dehonienne, nous sommes appelés à un profond changement intérieur.

par  Antonio Dall'Osto, scj

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Dans le livre des Actes des Apôtres, au chapitre 2, on rapporte le discours que Pierre a adressé aux foules le jour de la Pentecôte et on lit qu’elles ont « senti leur cœur transpercé » lorsqu’elles ont entendu sa parole. Ils ont ensuite demandé à Pierre : « que devons-nous faire ». Et il répondit : « Convertissez-vous … et vous recevrez le don du Saint-Esprit. »

Depuis des mois, le monde entier vit la crise du coronavirus qui a déjà causé tant de morts et tant de souffrances : des personnes qui ont perdu des proches, des travailleurs laissés sans travail, un grand nombre de familles qui n’ont plus ce qu’il faut pour vivre. Sans parler des effets de choc produits sur les budgets fragiles de nombreuses économies, en particulier dans les pays les plus faibles. C’est une crise qui aura de graves conséquences et durera longtemps, et certains experts disent que le coronavirus nous accompagnera encore pendant au moins deux ans avant de disparaître.

Avons-nous vraiment l’impression que nos cœurs sont percés face à ces situations ?

Que devrions-nous faire ?

Nous nous sommes entendus répéter qu’après cette crise, rien ne sera plus comme avant et que pour avancer, nous aurons besoin d’une profonde conversion de la part de tous car, comme l’a répété le pape François, « nous sommes tous dans le même bateau ».

Le temps qui nous attend est donc un temps qui exige un changement profond afin de revenir à un style de vie plus sobre, en nous libérant de tout le superflu, des choses inutiles, et en sauvegardant la création, issue d’une culture de consommation qui nous a également contaminés, nous religieux.

Comment ce temps peut-il être transformé en un temps de grâce ? La réponse que nous, Dehoniens, tirons de notre spiritualité, de la contemplation du Coeur transpercé de Jésus. Nous devons tout d’abord commencer par un profond renouvellement de notre communion fraternelle; ensuite, nous devons ouvrir nos cœurs aux souffrances du monde, dans une attitude de solidarité et de participation.

Le renouvellement de notre vie fraternelle

Le Lockdown, imposé par le coronavirus, nous a “obligés à renoncer à tant d’activités extérieures et à rester davantage dans la communauté, et donc dans des espaces plus réduits, en contact étroit les uns avec les autres”. Dans ces conditions, il n’est pas facile, pour ainsi dire, de mettre en pratique l’exhortation de Paul : “Habillez-vous donc de sentiments de tendresse, de bonté, d’humilité, de douceur, de mansuétude, de magnanimité, en vous supportant les uns les autres et en vous pardonnant mutuellement, si quelqu’un a quelqu’un a une plainte envers un autre. Comme le Seigneur vous a pardonné, pardonne- vous, vous aussi les uns les autres (Col 3, 12-13).

Toutefois, les limites imposées par le coronavirus ont favorisé une plus grande attention mutuelle – qui fait souvent défaut – et nous ont permis d’exercer un respect mutuel et une coopération.  Ils nous ont surtout aidés à redécouvrir le sens authentique de notre être ensemble – pour nous, Dehoniens – tel qu’il est écrit dans notre règle de vie, c’est-à-dire vivre “au service de la mission commune, assidus à la communion fraternelle, en communauté de vie et fidèles à la prière et à la fraction du pain“.

Solidarité avec ceux qui souffrent

L’autre aspect positif est que nous avons vraiment senti notre cœur transpercé face à la souffrance de tant de nos frères et sœurs dans toutes les parties du monde. Ce sentiment touche au plus profond de notre spiritualité dehonienne. Le coronavirus n’est pas en fait une « punition de Dieu » de l’humanité, comme certains l’ont pensé et dit. En fait, Dieu a de la compassion pour ceux qui souffrent et souffre avec qui souffre et utilise la tendresse envers tous. Comme le dit l’Écriture : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies. » (Mt 8 17).

Notre spiritualité jaillit de la contemplation de son cœur transpercé et nous invite à regarder le monde à travers ce même cœur compatissant et miséricordieux. Il nous apprend à nous donner comme Il s’est donné, jusqu’à la remise de notre propre vie pour l’amour de nos frères et sœurs. Nous le répétons chaque matin dans nos actes d’oblation. Je cite quelques exemples tirés des schémas de prière de notre province d’Italie du Nord, où nous disons : « Nous t’offrons notre vie pour que tu deviennes en ton Fils un sacrifice qui lave le péché du monde » ; « Rends-nous sensibles à la douleur des hommes et disponibles à leurs besoins. La contemplation du Coeur transpercé devient en nous une source de solidarité », ou : « Acceptez notre vie que nous souhaitons vous offrir jusqu’au sacrifice total de nous-mêmes ».

Dans cette contemplation et dans cette attitude d’oblation, nous faisons nôtres ce que Gaudium et Spes écrit au n° 1 : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes d’aujourd’hui, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’y a rien de véritablement humain qui ne trouve écho dans leur cœur ».

Ces « joies et espoirs, tristesses et angoisses » doivent être portés devant le Seigneur chaque jour, en particulier dans notre adoration eucharistique quotidienne. Et, comme l’a dit le pape François à l’Angélus du 8 août dernier : « Allons vers Jésus, frappons sur son cœur et disons-lui : “Seigneur, si tu peux me guérir ! Et nous pouvons le faire si nous avons toujours devant nous le visage de Jésus, si nous comprenons ce qu’est le cœur du Christ : un cœur qui a de la compassion, qui porte sur lui nos peines, qui porte sur lui nos péchés, nos erreurs, nos échecs ».

Cette capacité à donner de nous-mêmes, la crise des coronavirus nous l’a montré dans les nombreux exemples que nous avons vus et que nous avons encore sous les yeux : des centaines de médecins, d’infirmières et de membres du personnel de santé qui ont littéralement sacrifié leur vie au point de mourir pour guérir les malades. Ils sont, selon le pape François, « les saints d’à côté ». La sainteté ne se lit pas seulement dans les livres, mais dans l’histoire de l’héroïsme quotidien. Combien de personnes, bien que non religieuses, nous en ont donné un exemple admirable.

Mais je voudrais terminer en relatant un épisode émouvant – un parmi tant d’autres – raconté par une infirmière d’un petit hôpital de l’arrière-pays de la province de Bologne.

« Au cours des premières semaines de la pandémie, un patient de plus de quatre-vingts ans présentant une forte fièvre et des difficultés respiratoires a été envoyé dans le service. Malgré l’essoufflement, l’homme âgé est alerte, silencieux, conscient de ce qui se passe. Le médecin essayait de le mettre sous respirateur lorsque le téléphone a sonné : un autre patient d’une quarantaine d’années souffrant de graves problèmes respiratoires est en route.  Je suis arrivé juste à temps pour le signaler au médecin avec une détresse que je ne pouvais même pas parler, car je savais que le seul ventilateur disponible était celui qui était préparé pour le monsieur âgé. Je crie : “Mais Docteur, nous n’avons plus de ventilateurs.” Entre-temps, le nouveau patient était déjà arrivé, les yeux bandés par la peur, par la fièvre, par l’idée d’être là, seul, loin de sa famille.

Le vieil homme silencieux observe toute la scène, puis d’un signe de la main il nous appelle et d’une voix sortant de sous le masque à oxygène il dit : “J’ai beaucoup d’années, j’ai déjà vécu ma vie, donnez l’éventail à ce jeune homme qui a peut-être une famille…”.  Le médecin qui avait un nœud à la gorge ne savait que dire “merci” et a immédiatement travaillé pour l’autre patient. J’ai caché les pleurs sous le masque, j’aurais aimé embrasser ce noble grand-père, mais je lui ai serré les mains fermement et je ne me souviens pas de ce que je lui ai dit, mais j’ai fixé ces yeux profonds, pleins de larmes et d’un orgueil digne et les mots de l’Evangile me sont venus à l’esprit : “Il n’y a pas de plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis”.

 

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